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L’intelligence économique: importante aujourd’hui, essentielle demain ?

Mais de quoi s’agit-il exactement ? L’intelligence économique repose en grande partie sur la veille, qui consiste en « un recueil et une analyse d’informations pertinentes en vue de produire des connaissances structurées ». Ces connaissances serviront ensuite à déterminer les bonnes stratégies et à anticiper les mutations du secteur concerné. Plus sommairement, il s’agit de donner une « longueur d’avance » à l’entreprise. Dans un monde compétitif à l’extrême, c’est souvent un avantage considéré a priori comme mineur qui va permettre à cette dernière de prendre un avantage concurrentiel décisif et de croître.

Développée à la base dans les secteurs aéronautique et militaire (au niveau du renseignement), l’intelligence économique en a gardé une rhétorique parfois martiale (guerre économique, surveillance des mouvements, observation de l’environnement) et quelques préjugés solidement ancrés, comme celui de liens avec l’espionnage industriel. Il n’en est pourtant rien, cette activité se limitant à rassembler et analyser des informations « blanches » (facilement accessibles) et « grises » (difficilement accessibles, parfois informelles mais jamais obtenues de manière illégale).

Aujourd’hui, cette activité a investi beaucoup d’autres secteurs de l’économie. Et si les grands groupes industriels ont depuis longtemps réalisé le rôle central de cette activité, ayant souvent leur propre cellule de veille, cela semble moins être le cas pour les PME. Pourtant, que ce soit dans les domaines industriel ou technologique, les structures innovantes ont un besoin évident de veille stratégique vu l’importance que revêt l’information pour rester au plus haut niveau dans leur domaine.

Pour Hélène Madinier, Responsable du Diplôme d'études avancées (DAS) en intelligence économique et veille stratégique à la Haute Ecole de Gestion, le principal intérêt de la mise en place d’une veille est le potentiel gain de compétitivité généré. « Dans le domaine de l’industrie, cela pourra être la découverte d’une technologie que l’entreprise ne connaissait pas, et qui va faire gagner un temps considérable pour la fabrication d’une pièce. Mais cela peut également être l’obtention d’informations stratégiques de première importance : une entreprise avec qui nous avions travaillé avait par exemple pu détecter le fléchissement du marché chinois avec une longueur d’avance sur ses concurrents ». La veille permet ainsi de diriger son entreprise avec plus de certitude et de gagner en confiance. « Il faut toutefois être conscient que faire de la veille, ce n’est pas lire un journal tous les matins. Il y a un minimum de dispositions à prendre. Il faut chercher l’information -avec les outils adéquats- mais aussi la partager et la diffuser à l’interne, faire participer les autres et confronter les résultats à la stratégie de l’entreprise. Toutefois, avec une formation de base et un peu de formalisation (définition des rôles et des processus-clés), c’est tout-à-fait possible.»

Des dires confirmés par Sandra Salvatgé, CEO du cabinet de veille Fasterion Consulting. « Tout le monde peut faire de la veille. Seulement ce ne sera pas à la même vitesse, ni avec la même efficacité ». Et il est vrai que l’activité se révèle souvent chronophage. « Notre savoir-faire c’est de collecter, sélectionner, analyser et communiquer l’information pertinente. Cela peut être sur un marché, sur l’entreprise elle-même (e-reputation par exemple), ou sur l’environnement technologique (brevets, publications scientifiques). L’objectif est de faire gagner du temps au client grâce à une visualisation des éléments-clé obtenus à partir de l’analyse de l’information brute publiée. Les tendances doivent pouvoir être identifiées clairement notamment à l’aide d’outils graphiques et statistiques. » Un travail qui se fait généralement sur le moyen/long terme, et qui repose sur les connaissances techniques, scientifiques et sur l’expérience. «Une veille réalisée pour une PME spécialisée dans le traitement de surface de pièces pour automobiles a permis d’identifier que son savoir-faire était transposable au domaine de l’aéronautique ».

Selon Sandra Salvatgé, la tendance est également de plus en plus à la mise en place d’outils collaboratifs. «

Nous travaillons beaucoup sur des outils de type plateforme web sécurisée, avec accès aux données. Nous y intégrons les informations qui sont commentées et complétées en interne par les experts au sein de l’entreprise. Cela devient ainsi de véritables outils d’aide à la décision ».

L’intelligence économique repose donc de manière importante sur la veille. Elle ne s’y limite toutefois pas. Il existe d’autres aspects extrêmement importants comme ceux liés au lobbying, à la réputation, à la sécurisation des données sensibles et à la due diligence.

Chez Diligence Global Business Intelligence, cabinet spécialisé basé à Genève, les actions liées à la veille « classique » ne représentent d’ailleurs pas plus de 30% de l’activité totale. « La due diligence concerne l’ensemble des vérifications auxquelles une entreprise va procéder, par exemple, en amont d’un recrutement important ou avant de partir à la conquête d’un nouveau marché », explique Jonas Rey, consultant chez Diligence. En effet, la culture locale et les spécificités économiques et légales du pays peuvent s’avérer très complexes à gérer. Le travail de due diligence consistera alors à effectuer une recherche méthodique pour sélectionner le marché le plus prometteur, le meilleur partenaire sur place. Et cela peut concerner de nombreux aspects, comme celui de la solidité des finances ou des bonnes relations avec le gouvernement. Un aspect qui peut s’avérer central, notamment dans les pays en voie de développement. La démarche s’applique aussi dans le cadre d’une acquisition, ou pour vérifier si un client étranger est fiable et solvable. « Il est vrai que c’est un des aspects moins bien vus de l’intelligence économique », confie Jonas Rey. « Pourtant, même si cela va au-delà de la recherche Google, il n’y a la plupart du temps même pas besoin d’aller chercher de l’information grise. Des relais locaux, l’accès à quelques bases de données spécifiques et des appels téléphoniques ciblés suffisent ».

Autre aspect important pour les entreprises, l’investigation. Si une fraude interne est suspectée, aller voir la police ne représente pas forcément une solution optimale. Cela peut générer des risques pour la réputation, et l’information peut fuiter facilement. Mandater un cabinet spécialisé peut alors représenter une bonne alternative, car celui-ci aura l’expertise nécessaire (interviews individuels, IT forensics) pour mener l’enquête. « Nous voyons vingt cas de fraude par jour, la ou les entreprises n’en voient parfois même pas un par année. Nous savons donc les reconnaitre quand ils arrivent », conclut Jonas Rey.

On le voit, l’intelligence économique est donc composée de différentes facettes centrées sur un élément central : la gestion stratégique de l’information. Et elle n’est pas inaccessible pour les PME. Il est possible, sur certains aspects, de développer à l’interne de bonnes pratiques adaptées à son entreprise. Sur d’autres, il vaudra mieux faire appel à un prestataire externe. En tous les cas, il est bon de s’informer sur cet outil dont l’importance est davantage reconnue chaque jour. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à nous contacter et nous nous ferons un plaisir de vous orienter !

 

Philip Maguire