Internationalisation et innovation

La croissance du PIB suisse se repose sur des entreprises proposant des produits de niche sur mesure à des clientèles très diversifiées.

Christian affolter

La capacité de résistance étonnante de l’économie suisse face à l’entrée de la zone euro dans une période de croissance négative soulève presque automatiquement la question si elle peut perdurer. Comme elle le fait depuis 2005, son PIB augmentant plus fortement que celui de la zone euro. Dans son dernier examen de la situation économique et monétaire du 14 juin, la BNS note que «les risques pour la conjoncture en Suisse restent exceptionnellement élevés», notamment en ce qui concerne l’évolution future de la situation dans la zone euro. A priori, la sensibilité de l’économie suisse à une récession dans ce qui reste son principal marché extérieur paraît élevée, tout particulièrement au cas où l’Allemagne se mettait également à vaciller. Cependant, les stratégies mises en place pour renforcer la compétitivité des entreprises suisses à l’échelle mondiale devraient permettre d’atténuer ses effets. Ne soit-il que par la diversification géographique, qui fait déjà partie des forces des entreprises suisses, disposant ainsi aussi du savoir-faire nécessaire pour gagner rapidement accès à de nouveaux marchés. Le dernier «Baromètre Ernst & Young des PME» met en évidence que parmi les 27% d’entreprises sondées également actives à l’étranger, il y a certes une majorité solide se concentrant sur l’Europe. Mais les autres régions du globe se taillent chacune une part d’environ un cinquième (Amérique du Nord et Chine en tête), montrant ainsi une forte diversification même au sein des PME. Autre élément notable en comparaison internationale, 94% des entreprises sondées entendant au moins maintenir leur niveau d’investissements actuel. La base de données globalEDGE de la Michigan State University aux Etats-Unis note ainsi à propos des entreprises suisses qu’elles «investissent généreusement dans la recherche et le développement, la protection de la propriété intellectuelle étant forte». Même si, comme le conseiller Johann Schneider-Ammann l’a déjà noté, les cycles d’innovation ont fortement tendance à se raccourcir, les entreprises partagent donc sa détermination d’«œuvrer tous les jours pour rester à la pointe», comme il l’a déclaré dans la Vie économique. Il s’agit ainsi de défendre les produits, souvent de niche, nécessitant beaucoup de flexibilité et de savoir-faire pour répondre précisément aux besoins des clients, moins sensibles aux baisses de prix et aux autres aléas conjoncturels. Autre avantage, ils sont adaptés aux capacités de production réalisables en Suisse. Une approche qui nécessite toutefois toujours une activité industrielle solide (selon les chiffres du WEF, la répartition de l’économie suisse sur les trois secteurs est presque la même qu’en Allemagne, beaucoup plus connue comme pays industriel!) en tant que base pour disposer de chaînes de création de valeur intégrées.

Le droit du travail, parmi les plus libéraux en Europe, compte également parmi les facteurs structurels favorisant la croissance de l’économie suisse. Il a notamment permis aux entreprises de bénéficier pleinement de l’accord de libre-passage négocié avec l’UE, en ayant pu recruter du personnel qualifié. Et, comme l’a souligné le chef de la Direction du travail du SECO Serge Gaillard dans le Tagesanzeiger du 13 août, «la hausse de la population et l’augmentation des revenus ont déclenché une forte croissance domestique». A l’étranger, la stabilité du cadre politique, qui semble presque aller de soi, est souvent aussi relevée, se manifestant par un «niveau élevé de transparence et de responsabilité au sein des institutions politiques», comme le note globalEDGE. La différence positive de la croissance de l’économie suisse comparée à celle de la zone euro apparaît ainsi comme un avantage durement acquis que la Suisse et ses entreprises se montrent déterminées à défendre.

Source: l'AGEFI, 20.07.2012

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