Le « brexit » : quelles conséquences pour l’industrie helvétique ?

Le 23 juin prochain, les citoyens britanniques sont invités à se prononcer sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union Européenne. Ce jour-là, un vote appelant à quitter l'Union pourrait entraîner des conséquences diverses pour la Suisse.

Or, les derniers sondages donnent le camp du « brexit » vainqueur à 45% (contre 41% pour le maintien). Tour d’horizon des effets potentiels sur un tissu industriel helvétique déjà passablement malmené ces derniers mois.

Renchérissement du franc

C’est assez logiquement la préoccupation principale, que ce soit chez les industriels ou pour le reste de l’économie. Depuis l’abandon du taux plancher, il est devenu clairement plus compliqué d’exporter pour les entreprises suisses, qui se sont retrouvées du jour au lendemain avec des produits dont le prix avait augmenté de près de 10% pour leur clientèle de la zone euro. Or un « brexit » conduirait très probablement à un affaiblissement supplémentaire de la monnaie commune et de la livre, tout en renforçant l’attractivité du franc suisse en tant que valeur refuge.

A l’heure actuelle, il serait toujours aussi difficile pour la BNS de défendre le franc face aux pressions engendrées par les incertitudes européennes. Avec un bilan qui s’est clairement alourdi ces dernières années, celle-ci possède une marge de manœuvre fortement réduite. Il n’est cependant pas exclu que la banque nationale intervienne légèrement et de manière sporadique sur le marché des changes ou sur un renforcement des taux négatifs.

Dépréciation des stocks

Selon la faitière Commerce Suisse, le « brexit » menace les stocks de dépréciations importantes et pourrait générer de lourds inconvénients commerciaux à l’exportation. La fédération recommande ainsi de garder de très près l’évolution à l’œil et de réduire les stocks jusqu’au jour du vote mais rappelle qu’en raison de cycles de stockage, cela n’est pas possible dans tous les cas. Elle conseille par ailleurs de vérifier les couvertures de type SWAP et de contrôler voire de modifier le cas échéant les contrats signés avec les fournisseurs sur le plan des fluctuations monétaires. Tout en informant à temps ses clients des conséquences possibles.

Impact sur les relations avec l’UE

Dans ses relations avec l’Union Européenne, la Suisse a actuellement quelques dossiers épineux à gérer, notamment celui que constitue l’acceptation par le peuple de l’initiative contre l’immigration de masse du 9 février 2014, qui s’inscrit dans le cadre plus large de la mise en œuvre des accords bilatéraux. Comme l’explique le secrétaire d’Etat Jacques de Watteville, un « brexit » aurait avant tout pour conséquences de redistribuer l’ordre des priorités du côté de Bruxelles. Ainsi, trouver des solutions aux problèmes posés par la Suisse ne serait plus le souci numéro un de l’Europe, et pourrait avoir pour conséquences de retarder considérablement l’adoption d’une solution négociée.

Parallèlement, la position de l’Europe vis-à-vis de la Suisse pourrait devenir plus dure. Comme l’expliquait l’ancien ministre britannique des affaires européennes Denis McShane lors de son passage à Genève, une sortie du Royaume-Uni pourrait bien conduire l’UE à devenir plus intransigeante avec les demandes de pays membres comme de pays non-membres, afin d’éviter toute contagion et de ne pas donner de signes qui pourraient être interprétés comme étant de la faiblesse.

Cette analyse est toutefois loin d’être partagée par tous : pour Philippe Braillard, professeur honoraire à l’université de Genève qui s’exprimait dans les colonnes du Temps, un « brexit » aurait en effet pour conséquence de voir notre pays moins isolé dans ses démarches vis-à-vis de l’Europe puisque le Royaume-Uni se verrait également contraint de négocier de nouveaux accords avec l’UE. La Suisse pourrait également voir son pouvoir de négociation renforcé face à une Union européenne affaiblie, menacée d’instabilité et dont la propension à créer des contraintes réglementaires pourrait s’atténuer. La Suisse serait alors, paradoxalement, dans des conditions plus favorables pour trouver une solution à ses problèmes.

Impact sur les relations Suisse-Royaume Uni

Les relations commerciales avec la Grande-Bretagne sont actuellement réglées par les accords bilatéraux que la Suisse a avec l’Union Européenne. En cas de « brexit », la Grande-Bretagne et Bruxelles devront établir des nouvelles règles auxquelles seraient notamment soumises les relations commerciales entre les deux parties. Le Royaume-Uni devrait dans le même temps renégocier ses accords commerciaux avec les pays tiers, dont la Suisse. Dans un premiers temps toutefois, les relations entre la Suisse et le Royaume-Uni ne changeraient pas d’un point de vue juridique.

La chambre de commerce britannique en Suisse (BSCC) a conduit un sondage parmi ses membres. Sur 109 entreprises suisses qui commercent avec la Grande-Bretagne, 49% prévoient un impact négatif en cas de « brexit », 11% en un impact positif et 40% ne prévoient aucun impact (en savoir plus).

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