Réformer le financement de l’innovation

«Réformer le financement de l’innovation» Pour Hans Hess, les mondes académique et industriel restent encore trop distants en Suisse

Le Temps: Le mois dernier, vous êtes intervenu à la première édition de Sindex, le salon de la technologie à Berne. Quel message avez-vous adressé à l’auditoire?

Hans Hess: Que l’élixir de vie de l’industrie suisse est l’innovation. Pour survivre, surtout en ce moment,avec le franc fort et le climat économique difficile, les entreprises doivent investir dans l’innovation. C’est le seul moyen pour les Suisses de regagner la compétitivité qu’ils ont perdue ces dernières
années.

– La place industrielle suisse n’est-elle pas déjà considérée comme l’une des plus innovantes du monde?

– C’est vrai, nous sommes numéro un. Mais il ne faut surtout pas se reposer sur nos lauriers ! Restons attentifs, car les autres pays investissent beaucoup dans ce domaine. Voyez les Chinois… ils peuvent vite nous rattraper.

– Quelle est votre solution pour faire encore mieux?

– En Suisse, il n’y a rien à dire, les conditions-cadres sont favorables à l’innovation. Par contre, le pays souffre encore de grandes lacunes lorsqu’il s’agit de faire le lien entre recherche et industrie. Le potentiel du transfert de technologie et de la connaissance reste sous-exploité. Chez nos concurrents, en Allemagne, par exemple, avec les instituts Fraunhofer, ce genre d’entité est très puissant. En comparaison internationale, nous sommes les meilleurs générateurs d’idées, mais nous sommes mal classés pour ce qui est de transmettre ces idées jusqu’aux marchés.

– A quoi est-ce dû?

– Sans doute à un manque d’ouverture. D’un côté, les universités et les hautes écoles doivent davantage s’ouvrir au monde industriel. Et, de l’autre, les entreprises aussi devraient avoir le réflexe de se tourner vers ce savoir-faire. Il y a encore trop de patrons qui ignorent ou négligent ce potentiel. C’est une question d’argent, bien sûr, il faudrait investir dans le transfert de technologie. Mais ce n’est pas tout. Il faudrait aussi créer plus de réseaux. Que ce soit entre les écoles et l’industrie ou entre les industriels eux-mêmes.

– A vous entendre, le programme spécial d’encouragement de l’innovation lancé par le Conseil fédéral pour lutter contre le franc fort, qui a abouti à une contribution de 100 millions à la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI), était donc très pertinent?

– L’idée était bonne, mais elle a été mal exécutée. La CTI a manqué de temps. En deux mois, elle a reçu plus de 1000 dossiers! C’est toutefois très encourageant, cela démontre le potentiel d’idées qui germe dans les PME du pays. Je ne dis pas que tous les projets méritaient d’être soutenus, mais la moitié d’entre eux n’ont même pas été étudiés.

– Comment réagissent les refoulés?

– Je peux en témoigner, les entrepreneurs à qui c’est arrivé sont énervés. Ils ont investi du temps et de l’argent pour présenter un dossier convenable à la CTI. Et ils n’avaient que très peu de temps pour le mettre sur pied.

– Donc la CTI n’est pas un bon système?

– Si, il est très important pour les petites entreprises. Il faudrait simplement le réformer, le rendre plus durable. Et, avant tout, supprimer ce rythme annualisé de financement. Certes, l’innovation n’est pas stable sur la durée, elle dépend en partie des cycles conjoncturels. Certes, en haute conjoncture, les entrepreneurs ont moins de temps à consacrer à la recherche et au développement. Mais une chose est sûre, l’innovation ne s’arrête pas forcément le 31 décembre de chaque année!
 

Source: Le Temps, samedi 29 septembre

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