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Philippe Cordonier (Swissmem): "L’industrie est le poumon de notre économie. Pourtant, elle reste méconnue"

Pouvez-vous nous brosser un bref portrait de l’industrie MEM ?

L'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM) a généré en 2014 un chiffre d'affaires de 85 milliards de francs et contribué ainsi à raison de 9% au PIB suisse. La branche occupe plus de 330'000 personnes en Suisse et constitue donc un pilier important de l'économie suisse. La part d'exportation de l'industrie MEM se situe à 78%. Environ 60% des biens prennent le chemin de l'Europe. Par conséquent, la dépendance de la branche du cours de l'euro est très grande.

L’annonce de l’abandon du taux plancher par la BNS a généré de fortes inquiétudes dans le monde de l’industrie suisse, et peut-être plus particulièrement de l’industrie MEM. Un peu plus de trois mois après, comment SWISSMEM évalue la situation ?

Une enquête réalisée avec le concours de BAK Basel parmi les entreprises membres de Swissmem confirme la vive inquiétude qui règne dans l'industrie MEM suite à la nouvelle réévaluation massive du franc suisse. Ce sont en particulier les pertes sur les marges qui pèsent lourd : pratiquement un tiers des entreprises recensées s'attend pour 2015 à un déficit opérationnel.

En conséquence, les contre-mesures des entreprises sont vastes. Des mesures servant à l'optimisation des produits et des procédés sont nettement prioritaires. Par contre, des mesures touchant directement les collaborateurs (p.ex. diminution des salaires ou augmentation du temps de travail) ne sont actuellement réalisées qu'avec beaucoup de réticence. Il ne faut pas sous-estimer les conséquences à moyen terme de la force du franc pour la place industrielle suisse. Si le cours de change devait se maintenir au niveau actuel de 1,05 CHF/Euro, 16% des entreprises ayant répondu au questionnaire envisagent de délocaliser une partie de leur chaîne de création de valeur à l'étranger.

L’association a-t-elle pris des mesures particulières à ce jour ?

Mis à part le suivi des dossiers politiques au niveau fédéral visant à préserver des conditions-cadres favorables en Suisse pour notre industrie, notre association a prioritairement soutenu ses membres dans les domaines de la politique patronale, par des centaines de contacts et de conseils relatifs au droit du travail et à la mise en application de la Convention collective de travail MEM, dans le domaine de l’innovation et de la mise sur pied de projets de recherche et dans le domaine de la formation professionnelle et continue.

L’industrie suisse semble avoir pas mal de raisons de s’inquiéter entre l’abandon du taux plancher, les conséquences des votations sur l’immigration (et ses effets sur la main d’œuvre) et le manque de relève dans les métiers du secteur. SWISSMEM semble avoir évalué de manière précise ce dernier point (80'000 travailleurs à remplacer d’ici 2020). Sur quels aspects comptez-vous agir pour y remédier ?

La population active vieillit et le taux de naissance diminue. Avec l'introduction de contingents pour les travailleurs étrangers, la pénurie de spécialistes actuelle risque de s'aggraver considérablement dans les années à venir pour l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM). Voici pourquoi Swissmem a élaboré une stratégie de la main-d’œuvre destinée à mieux pouvoir exploiter le potentiel de main-d’œuvre qualifiée suisse. Elle mise sur la promotion de la relève, sur l'augmentation du taux des femmes dans l'industrie et sur le maintien des collaborateurs plus âgés dans la vie active.

N’y aurait-il pas un travail sur l’image même de l’industrie et de ses métiers à effectuer ?

Nous sommes conscients de la nécessité de mieux valoriser les métiers de l’industrie auprès de la population, des milieux politiques et médiatiques. L’industrie est aujourd’hui le poumon de notre économie mais elle reste méconnue. Nous allons prochainement mettre en place une plateforme destinée à mieux présenter nos métiers et à rapprocher la population de nos entreprises.

L’industrie suisse possède également beaucoup d’atouts sur lesquels miser. Quels sont selon vous ses principaux points forts ?

Dans notre industrie MEM, nous disposons de très nombreuses entreprises avec des produits uniques au monde. C’est la force de notre industrie suisse – en particulier nos PME – d’être reconnue mondialement pour ses produits de niche et de très haute qualité. La proximité avec les clients, une qualité supérieure et la capacité d’innovation sont les clés du succès de l’industrie MEM en Suisse.

De plus, notre système unique de formation duale basé sur l’apprentissage allié à l’excellence de nos filières académiques est à la base du succès de l’industrie MEM suisse. La capacité d’innovation de notre main d’œuvre qualifiée restera à la base du succès d’une industrie situés dans un pays aux ressources naturelles limitées et dont l’ouverture sur le monde est vitale.
 

Propos recueillis par Philip Maguire

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