Simon Siggen (LEM): « La numérisation est avant tout une opportunité pour notre industrie »

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Vice-Président des Opérations de Lem SA, Président de l’Union Industrielle Genevoise et membre du conseil de fondation de l’OPI, Simon Siggen a accepté de répondre à quelques questions sur son entreprise et sur l’industrie à Genève, les défis qui l’attendent et les opportunités qu’elle se devra de saisir.

En ce début d’année 2017, la situation des marchés internationaux et du monde en général semble marquée par une incertitude accrue. Quelles conséquences cette incertitude peut-elle avoir sur l’industrie genevoise ?

Les indicateurs économiques en provenance des Etats-Unis, de Chine et d’Europe peuvent permettre un certain optimiste.  Même en Suisse, malgré la valeur élevée du franc, notre économie continue à bien résister. J’en veux pour preuve les taux de croissance plus que décents affichés en 2016. Essayons donc de voir « le verre à moitié plein », c’est meilleur pour le moral !
 
En ce qui concerne l’industrie genevoise, l’horlogerie ne semble pas encore être sortie de sa phase d’assainissement, ce qui évidemment ne facilite pas la tâche de nombreuses PME sous-traitantes. A l’opposé, le secteur de la chimie fine donne des signes plutôt positifs, à l’image de l’ensemble du secteur au plan national.  
 
Chez LEM, actif dans la mécatronique et grand exportateur,  nous avons opté pour une lecture raisonnablement optimiste de la situation. Cela se traduit par une gestion moins restrictive de nos stocks et une légère augmentation de nos capacités de production.

Au-delà du contexte international, l’industrie genevoise a eu et aura, ces prochains mois, son lot de défis à relever. Elle a aussi de belles opportunités à saisir, sur des marchés nouveaux ou porteurs. Voyez-vous des pistes à explorer et à privilégier dans ce contexte ?

A Genève nous avons vu fleurir ces dernières années des initiatives intéressantes dans les domaines des cleantech, des biotech ou encore de l’informatique. De belles choses se font au niveau du soutien des start-up actives dans ces domaines. Tout cela relève d’une dynamique nouvelle et très positive. La récente création du Biotech Center ou l’essor des collaborations entre les mondes académiques et industriels en sont de belles illustrations. Il y a beaucoup de chantiers en cours et ces processus prennent parfois des années pour porter leurs fruits, en matière de maintien ou de création d’emplois par exemple. Il faut donc veiller à ne pas se disperser et continuer à travailler. Les résultats suivront.

Sur le plan des conditions cadres, le défi est à mon sens plutôt du côté du politique et des associations économiques. Sur certains des grands thèmes au sujets desquels le peuple a été ou sera appelé à s’exprimer, il conviendra peut-être à l’avenir de construire des projets plus équilibrés, puis d’user de plus de pédagogie pour retrouver la confiance des citoyens et les convaincre de la légitimé et de l’utilité des propositions qui leur sont faites. 

Outre Genève, LEM dispose aujourd’hui d’unités de productions en Chine, en Bulgarie et à Tokyo. Pour LEM mais aussi pour l’industrie en général, pensez-vous qu’à terme il sera encore possible de produire à Genève ?

Sur ce plan, je souhaiterais d’abord apporter une précision : il est en effet intéressant de noter que l’essentiel de nos démarches d’externalisation des unités de production vers des sites en Chine ou en Bulgarie date de 2005. Or, entre 2005 et aujourd’hui, nos effectifs en Suisse n’ont que peu variés. Pourquoi ? Parce que ces externalisations ont permis de graduellement remplacer les postes perdus en production par des postes dans des domaines tels que le marketing ou la R&D. D’autre part, l’optimisation de nos coûts de production nous ont permis de maintenir et parfois d’augmenter nos parts de marché, aussi au profit des productions suisses. Les délocalisations ont donc conduit à une transformation et non à une perte d’emplois.
 
Pour répondre maintenant à la question, je dirais que je ne m’attends pas à une disparition des activités de production sur notre site de Genève dans un futur proche.  Pour une entreprise de taille moyenne comme la nôtre il est capital de pouvoir lancer une ligne de production à proximité des ingénieurs qui ont développé le produit. Notre mode de fonctionnement consiste à amener une ligne de production à maturité ici, à Genève, et de la transférer par la suite vers des sites externalisés.

Bien sûr, cela influence le type de compétences dont nous avons besoins sur notre site de production genevois : nous employons de plus en plus d’ingénieurs et de techniciens avec des fortes compétences de metteur au point, parlant Anglais et capable de contribuer à des transferts de lignes. Ce modèle s’inscrit dans un contexte où le délai de mise au point de nos lignes avant transfert se raccourcit régulièrement :  de cinq à six ans hier, nous sommes passés à deux/trois ans aujourd’hui et serons à moins de deux ans demain. De manière plus générale, produire à Genève ou en Suisse peut être indispensable sur le plan de l’image d’un produit, comme dans le cas dans l’horlogerie par exemple.
 
En envisageant l’avenir du secteur industriel à Genève, il s’agit donc bien d’englober toutes ces facettes - stratégie, R&D, Marketing, industrialisation - et pas seulement les activités de production proprement dites.

Depuis quelques temps on parle beaucoup de la numérisation de l’industrie. Est-ce vraiment LE grand défi actuel du secteur industriel ?

Plus qu’un défi, je pense que la numérisation est avant tout une opportunité pour notre industrie. Abordons cette question du point de vue de la productivité par exemple : on se rend compte rapidement que dans un pays comme la Suisse où les salaires sont élevés, la numérisation permet de produire davantage localement et à des prix plus compétitifs. Grâce aux possibilités offertes en matière d’automatisation notamment, le poids des salaires dans les coûts de production devient moins important. C’est aussi une chance car on a à disposition d’excellentes compétences dans le domaine, à travers nos hautes écoles par exemple.
 
La numérisation c’est aussi des changements dans les « business models », qui évoluent vers une augmentation de la valeur ajoutée liée aux services. Là aussi, j’ose penser que c’est une chance pour notre pays, qui a de fortes compétences en la matière. En s’orientant vers ce type de modèles d’affaires, nous devrions être à même de développer des avantages compétitifs.
 
Sur ce même sujet je tiens à souligner le rôle moteur que joue l’OPI dans la sensibilisation des industriels à la numérisation, en animant plusieurs initiatives autour des concepts d’Industrie 4.0.

Quels autres grands défis (ou opportunités) voyez-vous ?

Un élément qui me semble fascinant quand on parle de la Suisse c’est son positionnement de « premier de classe » dans les classements en matière d’innovation. Un défi qui me semble important est le suivant : comment encore mieux valoriser ce potentiel pour créer davantage de valeur économique ? Comment en maximiser les retombées pour les entreprises ? Et donc finalement, pour les citoyens ?
 
A Genève par exemple, des efforts importants sont réalisés pour améliorer la mise en relation des mondes académiques et industriels. Il s’agit de persévérer dans cette direction afin de stimuler le développement de technologies, de produits, de services novateurs basés sur le savoir et les compétences immenses disponibles dans nos différentes écoles.

Vous êtes membre du conseil de fondation de l’OPI. Comment voyez-vous le rôle d’une telle structure dans le contexte actuel ?

L’OPI joue un rôle croissant dans la dynamisation de ce réseau que j’évoquais plus haut. Le conseil de fondation de l’OPI est d’ailleurs représentatif de cette dynamique : on y retrouve des représentants des HES, de l’université, des autorités et du monde industriel.
 
En plus des activités déjà évoquées, l’OPI peut également jouer un rôle majeur au niveau des difficultés que peut vivre l’industrie. Elle a par le passé souvent contribué, de par le support qu’elle amène aux entreprises, à créer mais aussi parfois à sauver des emplois. Au-delà de l’OPI, il me semble que le dispositif de soutien aux entreprises (FAE, Fongit, GCC, etc.) est cohérent et supporte l’industrie efficacement. C’est aussi à relever.
 
 

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